Le calcul et la littérature

L’ action mutuelle entre la littérature et le calcul est ancienne, à l’instar de La Kabbale, un « jeu de lettres »  qui s’exécute dans la lecture et la méditation : « la Kabbale fait des lettres de l’alphabet hébreu un objet privilégié de méditation et de concentration, ouvrant vers l’extase, libérant le sujet et lui permettant la communication avec Dieu. Ces lettres en elles-mêmes n’ont pas de signification précise. Non corporelles, abstraites, prises dans une logique formelle et jouant l’une par rapport à l’autre comme des notes d’une musique, les lettres possèdent une valeur numérique. »1. En s’amusant avec des théories utopistes, on pourrait spéculer si la popularité des années 2000 de la kabbale serait due à cette combinaison des traits au numérique et l’aspiration à l’extase, comme le prétendent les médias virtuels de rêve diffusés en ligne ? Une idée peut-être pas si extravagante, car le parallèle entre la Kabbale et le virtuel ne date pas du début de ce nouveau millénaire de la popularisation et banalisation des ordinateurs personnels. Il était déjà présent dans le Pendule de Foucauld d’Umberto Eco  dans le nom Abulafia qu’avait donné le héros du roman Jacopo Belbo à son ordinateur, qui est surtout le nom de la figure la plus importante de la kabbale prophétique : Samuel Abulafia.

Quand nous pensons à l’algorithme narré, nous pensons aussi à La bibliothèque de Babel de Borges2. La formule qui s’en dégage, capable de générer un nombre infini de livres, se lit dans les méthodes des chercheurs d’en extraire la logique ou d’en interpréter le sens global obscur. Ce que nous savons de cet algorithme sont les données invariables : « Chacun des murs de chaque hexagone porte cinq étagères ; chaque étagère comprend trente-deux livres, tous de même format ; chaque livre a quatre cent dix pages ; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre-vingts caractères noirs. », mais le calcul qui rend cette infinité de livres possibles est inconnu. Mais au-delà de cette déclinaison en une génération infinie du lisible, cette formule semblerait produire des méthodes de lecture et par la suite de l’écriture, des comportements finalement vains, car inéluctablement prévus dans un tome se trouvant dans la bibliothèque. Car rien de ce que nous pourrions écrire, ne serait-ce qu’en guise de conclusion, ne peut pas ne pas se trouver quelque part, sur une étagère cachée.

Certains, comme Richard Dawkins parlent de l’ordinateur de Babel, avec une relecture recontextualisée à l’avènement de l’informatique de ce récit. Les données trouvées dans La bibliothèque de Babel ont été extraites, et reprogrammées afin de recréer ces livres, et de les sortir de Fictions, de la réalisation imaginaire des livres, peut-être par un ultime bibliothécaire, parvenu à la formulation finale et définitive de cet algorithme. Serait-ce pour autant judicieux de dire que cette nouvelle parvient à agir, telle une machine à produire du calcul ou une trame narrative effectuant des opérations ?

1 Kristeva Julia, Le langage cet inconnu, seuil, Paris, 1981, p.104.

2 Borges Jorge Luis, Fictions, Gallimard, Paris, 1957.

Le calcul et la littérature

L’ action mutuelle entre la littérature et le calcul est ancienne, à l’instar de La Kabbale, un « jeu de lettres »  qui s’exécute dans la lecture et la méditation : « la Kabbale fait des lettres de l’alphabet hébreu un objet privilégié de méditation et de concentration, ouvrant vers l’extase, libérant le sujet et lui permettant la communication avec Dieu. Ces lettres en elles-mêmes n’ont pas de signification précise. Non corporelles, abstraites, prises dans une logique formelle et jouant l’une par rapport à l’autre comme des notes d’une musique, les lettres possèdent une valeur numérique. »1. En s’amusant avec des théories utopistes, on pourrait spéculer si la popularité des années 2000 de la kabbale serait due à cette combinaison des traits au numérique et l’aspiration à l’extase, comme le prétendent les médias virtuels de rêve diffusés en ligne ? Une idée peut-être pas si extravagante, car le parallèle entre la Kabbale et le virtuel ne date pas du début de ce nouveau millénaire de la popularisation et banalisation des ordinateurs personnels. Il était déjà présent dans le Pendule de Foucauld d’Umberto Eco  dans le nom Abulafia qu’avait donné le héros du roman Jacopo Belbo à son ordinateur, qui est surtout le nom de la figure la plus importante de la kabbale prophétique : Samuel Abulafia.

Quand nous pensons à l’algorithme narré, nous pensons aussi à La bibliothèque de Babel de Borges2. La formule qui s’en dégage, capable de générer un nombre infini de livres, se lit dans les méthodes des chercheurs d’en extraire la logique ou d’en interpréter le sens global obscur. Ce que nous savons de cet algorithme sont les données invariables : « Chacun des murs de chaque hexagone porte cinq étagères ; chaque étagère comprend trente-deux livres, tous de même format ; chaque livre a quatre cent dix pages ; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre-vingts caractères noirs. », mais le calcul qui rend cette infinité de livres possibles est inconnu. Mais au-delà de cette déclinaison en une génération infinie du lisible, cette formule semblerait produire des méthodes de lecture et par la suite de l’écriture, des comportements finalement vains, car inéluctablement prévus dans un tome se trouvant dans la bibliothèque. Car rien de ce que nous pourrions écrire, ne serait-ce qu’en guise de conclusion, ne peut pas ne pas se trouver quelque part, sur une étagère cachée.

Certains, comme Richard Dawkins parlent de l’ordinateur de Babel, avec une relecture recontextualisée à l’avènement de l’informatique de ce récit. Les données trouvées dans La bibliothèque de Babel ont été extraites, et reprogrammées afin de recréer ces livres, et de les sortir de Fictions, de la réalisation imaginaire des livres, peut-être par un ultime bibliothécaire, parvenu à la formulation finale et définitive de cet algorithme. Serait-ce pour autant judicieux de dire que cette nouvelle parvient à agir, telle une machine à produire du calcul ou une trame narrative effectuant des opérations ?

1 Kristeva Julia, Le langage cet inconnu, seuil, Paris, 1981, p.104.

2 Borges Jorge Luis, Fictions, Gallimard, Paris, 1957.

Notes:

  1. bakic a publié ce billet

À propos:

de la prose & et de l'esthétique pour pros

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